de M.Beaulac le Mer Oct 24, 2007 2:46 pm
j'ai pris ceci sur le blogue de Pat lagacé...j'espère que ce petit texte vous fera un peu réfléchir malgré que ici, c'est pas la tolérance qui manque! Je tenais tout de même a vous le faire partager! et voila:
Réaction à ma chronique d’une Québécoise mariée à un musulman. Je la reproduis intégralement, sans le nom de la dame, qui m’a demandé de ne pas l’identifier, je la reproduis à l’intention de tous les tarés qui vivent de préjugés, tous ceux que ça arrange de croire que les immigrants, musulmans surtout, sont cousins d’Oussama :
Je suis mariée avec un Tunisien, qui s’avère également être arabe et musulman. Ouhhhhh! Les mots ne suffisent pas pour exprimer à quel point j’en ai marre de me faire poser des questions sur mon couple, particulièrement en ce qui a trait à toute la sphère religieuse. Et dans le contexte médiatique actuel, c’est encore pire.
Non, je ne me suis pas convertie. Non, il ne m’a pas demandé de le faire. Non, il ne considère pas l’Amérique comme le pays de la perdition et ne s’est pas donné comme mission de sauver nos pauvres âmes.
Quand j’ai annoncé que je me mariais, plusieurs personnes m’ont demandé si ça ne m’inquiétait pas un peu que mon futur soir musulman. Drôle de question, particulièrement de la part de ceux qui ont connu mon ex, un irresponsable notoire, alcoolique, menteur, volage, criblé de dettes (cachées) et… 100 % québécois! (et qu’on ne vienne pas m’expliquer que les Québécois ne sont pas tous pareils car c’est faux… ça c’est pour Mme Couture!).
Il vit ici, il travaille ici, il a des amis (québécois, notamment) ici et il utilise fréquemment des expressions comme « ouin », « franchement! » ou « cou-donc ». Il adore Patrick Huard, Céline Dion, Normand Brathwaite et Lhasa. Rachid Badouri lui tape sur les nerfs. Non, on ne discute pas souvent de religion, on a réglé ça assez vite au début de notre relation : je sais que t’es musulman, j’assume; tu sais que je ne le suis pas, tu assumes. On a bien d’autres sujets pour se disputer, comme le ménage, la cuisson du poisson et le choix des films au club-vidéo.
Il travaille avec le public, et il arrive que des clients tombent des nues en apprenant qu’il est arabe et musulman. « T’as vraiment pas l’air d’un musulman ». (rien à ajouter). Et après un gros 10 minutes de conversation sur le sujet (impossible de l’éviter avec la médiatisation de la chose), nous en sommes venus à la conclusion que Jaziri souffrait probablement du syndrome Britney, qui se manifeste par une irrésistible envie de faire parler de soi, peu importe pourquoi et comment. Sujet clos.
Je suis parfois gênée de mes compatriotes. Je suis gênée de ce que j’entends à la commission Taylor-Bouchard. Je suis gênée de voir des morons qui n’ont jamais été en contact avec des personnes d’autres origines (ou peut-être deux semaines dans un resort en République ou à Cuba) venir crier au micro, comme des enragés, qu’ils se sentent menacés. Ben vous savez quoi? Moi aussi je me sens menacée. Parce que leur chez-eux dont ils parlent, c’est aussi mon chez-moi. C’est celui de ma famille reconstituée et de mon couple mixte. C’est celui de mon réseau d’amis qui, incidemment, sont d’origines diverses (russes, français, chiliens… et même de Québec, de Trois-Rivières et de Laval!). C’est le chez-moi où j’ai envie d’éduquer mes enfants dans l’ouverture et la tolérance.
Non je ne crois pas qu’il faille tout accepter. Je suis femme, mère d’une fillette, et pas question de perdre nos droits! Non je n’ai pas envie de retourner en arrière (quoique je considère que le consumérisme régnant est un dogme bien plus puissant et néfaste que toutes les religions du monde réunies, et qu’en termes d’évolution, c’est un échec lamentable, mais ça c’est un autre sujet). Et c’est justement parce que je n’ai pas envie de retourner en arrière que ça me dérange autant de lire les opinions édifiantes de Mme Couture.
J’y retrouve la même essence que ce que disait notre bon clergé quand il forçait et épuisait nos grands-mères à faire des bons petits Canadiens-Français, ou quand je ne sais plus quel évêque écrivait à ses curés pour les intimer à dissuader leurs paroissiens d’adopter des sports pratiqués par les Anglais, car c’était une source de perdition et de débauche pour notre belle jeunesse, surtout les femmes. (je n’ai pas le référence exacte, mais je me rappelle très bien avec vu cette lettre dans un mes cours à l’université). C’est la même intolérance, le même repli sur soi prôné par l’Église avant la Révolution tranquille, la même peur de l’Autre. Pour moi, elle est là la menace.
En viendrai-je à être considérée comme une traître à la nation parce que je suis mariée avec un « importé »? M’accusera-t-on de faire des enfants avec lui et de diluer la race? Me reprochera-t-on d’être amoureuse d’un homme qui ne mange pas de fèves au lard?
Ah oui! j’en ai marre de me faire poser des questions sur mon couple. Mais je me console en me disant qu’au moins on me pose des questions. Parce que je considère que si on le fait, c’est la preuve qu’il y a de la curiosité dans la tête de mon interlocuteur, que l’idée n’est pas arrêtée et que mes réponses contribueront à enrichir la mosaïque, bien complexe il faut l’admettre, des points de vue sur la mixité, l’immigration et la religion.