de leolo le Mar Mar 31, 2009 2:38 am
« RACISME - souveraineté et québécophobie. Les « Rhodésiens » masqués
Les cercles de droite du Canada anglais sont en train d'inventer un racisme subtil, politiquement correct!
POUR CEUX QUI ONT BESOIN qu'on leur fasse un dessin, le magazine torontois Saturday Night a tout prévu: dans son numéro de mars, une caricature accompagne le texte signé Daniel Sanger (« Colder and whiter») accusant les habitants de la ville de Québec de pratiquer le « nettoyage ethnique». On y voit trois Québécois - coiffés de tuques bleues pure laine à fleurs de lys pour qu'on ne s'y trompe pas - grossièrement enlaidis, au nez et aux doigts crochus, le dos voûté, dans une attitude indubitablement hypocrite... ça ne vous rappelle rien?
I1 est devenu acceptable en ce pays de mépriser les Canadiens français en les taxant d'être foncièrement (génétiquement, peut-être ?) xénophobes, butés et racistes. La manoeuvre est à la fois tellement transparente et intellectuellement piètre qu'on ne s'y attarderait pas si elle n'était en train de devenir un véritable modèle de dénigrement.
Sanger ne sait pas de quoi il parle. Aucune analyse historique n'est même avancée. On apprend simplement que Québec comptait 40 % d'Anglais et d'Irlandais il y a a un siècle et demi et à peine 2 % aujourd'hui (dont certains, oublie-t-il de faire remarquer, ont survécu à l'enfer blanc québécois sans apprendre le français). Cela suffit pour déclarer que cette ville «jadis cosmopolite et multiculturelle» (!) a été le théâtre d'une épuration par élimination naturelle! « Un individu qui ne serait ni blanc, ni catholique, ni québécois pure laine devrait y penser à deux fois avant d'aller s'y établir. » Ne tenant aucun compte du boom économique de Montréal qui, dès 1850 et encore plus pendant les années 1920, a drainé de Québec et des campagnes la population la plus mobile (francophone et anglophone), l'auteur ne s'est même pas aperçu que tous ces déménagements ou presque se sont faits à l'intérieur du Québec!
Sanger a imaginé l'existence, dans les années 1950 et 1960, d'un «quartier chinois» de quelque «300 ménages» (plus de 1 000 Chinois à Québec!) rasé aveuglément par les autorités municipales. Et d'interviewer des Chinois survivants du « nettoyage » qui servent des clichés dans le genre: ici, les gens pensent petit et nous allons partir bientôt...
Ce procédé est en train de faire école dans certains médias de Toronto: on met en scène quelques «ethniques utiles» pour mieux cacher l'intention antifrancophone du propos.
En janvier dernier, quand le hockeyeur Patrice Brisebois a porté plainte pour avoir été traité de «fucking frog» par un adversaire, un journaliste du National Post, Cam Cole, a déniché un joueur de hockey noir, Georges Laraque, pour lui faire dire combien il était risible pour un Blanc francophone de crier au racisme. Comment en effet, demandait le journaliste, les Québécois peuvent-ils prétendre être victimes d'insultes réservées aux ethnies qu'on veut rabaisser quand ce sont eux, au Québec, les oppresseurs de minorités ?
Le journaliste torontois Ray Conlogue, du Globe and Mail, a bien analysé comment ceux qui cherchent à « démoniser » les nationalistes québécois sont passés, au fil des ans, du spectre de la république de bananes à l'accusanon de racisme ou d'antisémitisme congénital des francophones. «L'idée de base, écrivait-il dans son essai Impossible Nation (The Mercury Press), est de convaincre la minorité [on pourrait ajouter de convaincre tout le monde] qu'elle est inapte à s'autogouverner. On commence par insinuer qu'elle n'en a pas la compétence économique. Si cela ne fonctionne pas, on l'accuse de quelque chose de beaucoup plus grave: l'incompétence morale. »
À force de cultiver la haine d'une idée (la souveraineté du Québec), on finit par salir une population.
Est-ce bien un hasard si ces analyses tirent leur origine, la plupart du temps, des publications de Conrad Black, propriétaire du groupe de presse Hollinger? Celui-ci héberge dans ses pages à peu près tous les habitués du genre, de Diane Francis à Mordecai Richler.
Ceux que René Lévesque appelait les «Rhodésiens» du Canada sont en train d'inventer un racisme subtil, politiquement correct. Car, derrière le paravent du multiculturalisme, ce sont les nostalgiques de la supériorité anglo-saxonne qui se cachent; ceux que font enrager l'exception québécoise et le défi qu'elle pose à l'hégémonie culturelle nord-américaine. S'inquiète-t-on beaucoup du caractère trop blanc de la population de St. John's, de Thunder Bay ou de Medicine Hat?
Seule la vérité triomphe
*Normand Lester, Le Livre noir du Canada anglais, tome 1, ISBN 2-89549-045-7
*Le Livre noir du Canada anglais, tome 2, ISBN 2-89549-065-1
*Le Livre noir du Canada anglais, tome 3, ISBN 2-89549-117-8