La source vive - extrait

L'Internet est une source de divertissement pratiquement inépuisable. Partagez, avec nous, les sites, blogues, images et vidéos qui vous enchantent.

La source vive - extrait

Messagede SafeGuard le Dim Avr 27, 2008 2:48 pm

Extrait de La Source Vive - Dialogue entre Peter Keating, architecte sans grand talent ayant été reconnu comme un des mailleur de sa profession et Ellsworth Toohey manipulateur cherchant à augmenter son pouvoir sur le "peuple".

Ayn Rand a écrit:- Mais... quelle est cette chose que vous voulez... Ellsworth ?
- La puissance, Peter.
On entendit des pas légers à l'appartement du dessus, quatre ou cinq pas rapides et gais qui ébranlèrent la mince cloison, et Keating leva la tête, puis son regard revint à Toohey. Celui-ci souriait, l'air indifférent.
- Vous... disiez toujours... commença péniblement Keating, puis il se tut.
- J'ai toujours dit cela et rien d'autre, clairement et ouvertement. Ce n'est pas de ma faute, si vous ne vouliez pas l'entendre. Vous l'auriez pu, mais vous ne le vouliez pas, ce qui était pour moi la plus sûre des sauvegardes. Comme mes ascendants spirituels j'ai toujours désiré dominer. Mais plus fortuné qu'eux, j'ai hérité du fruit de leurs efforts et c'est moi qui verrai leur grand rêve réalisé. Je le vois se réaliser chaque jour. Je n'en ai pas de joie. Je n'en attendais pas. Il n'est pas dans ma destinée d'être heureux. C'est dans un domaine correspondant à mes capacités que je trouverai des satisfactions. Je dominerai.
- Qui ?...
- Vous. Le monde. Il suffit de découvrir le levier. Le jour où vous avez appris à dominer l'âme d'un seul homme, le monde est à vous. L'âme, Peter, l'âme. Ni fouets, ni épées, ni canons, ni fusils. Voilà en quoi des César, des Attila, des Napoléon se trompèrent et pourquoi ils ne purent durer. Nous, nous durerons. Pour dominer une âme, Peter, il faut d'abord la briser. Trouver le point faible où enfoncer un coin, et l'homme est à vous. Inutile de prendre un fouet, c'est lui qui vous l'apportera et vous suppliera de le battre. Et maintenant, réfléchissez bien. Vous ai-je jamais menti ? Je n'ai rien fait d'autre que répéter ces choses pendant des années, mais vous ne vouliez pas les entendre. La faute en est donc à vous. Il y a d'ailleurs plusieurs moyens de briser un homme. On peut par exemple le pénétrer du sentiment de ses fautes et de sa nullité. Tuer en lui toute aspiration, toute intégrité. Ce n'est pas facile. Les êtres les plus quelconques ont un idéal à eux. L'intégrité se détruit par la corruption intérieure. L'homme en arrive à se détruire luimême. Pour cela il faut lui prêcher l'oubli de soi-même, lui affirmer qu'il doit vivre pour les autres, le persuader que l'altruisme est l'idéal suprême. Personne n'est jamais arrivé au complet oubli de soi et personne n'y arrivera jamais. Tous les instincts de l'homme s'élèvent contre ce concept. Mais ne comprenez-vous pas à quoi l'on arrive en prêchant cette doctrine ? L'homme se rend compte qu'il est incapable d'atteindre à ce qu'on lui présente comme la plus noble vertu et cela lui donne un sentiment de culpabilité, d'infériorité. Et puisque son idéal n'est pas à sa portée, il lui arrive de renoncer à tout idéal, à toute aspiration et de perdre même le sens de sa propre valeur. Il cesse de se respecter lui-même, et à ce moment, il vous appartient. Il est prêt à vous obéir, heureux de vous obéir, car il n'a plus confiance en lui.
» ça c'est un moyen. En voici un autre : tuer en un homme le sens des valeurs. Détruire en lui la capacité d'accomplir quelque chose de grand ou de discerner la grandeur chez un autre. Les hommes de valeur ne peuvent pas être dominés. Nous n'en voulons plus. N'essayez pas de nier la conception de grandeur, détruisez-la de l'intérieur. Ce qui est grand est ce qui est rare, difficile, exceptionnel. Etablissez une échelle des valeurs telle que les plus médiocres, les plus obtus puissent parvenir au sommet, et vous tuerez chez les hommes de valeur le goût de l'effort. Vous détruirez ainsi tout motif de progrès, d'excellence, de perfection. Riez de Roark et faites de Peter Keating un grand architecte, c'est à l'architecture que vous nuisez. Servezvous de Loïs Cook contre la littérature, de Ike contre le théâtre. Mettez Lancelot Clokey au pinacle, et vous faites du tort à la presse. N'essayez pas de détruire les autels... vous effrayeriez l'humanité. Mais élevez un autel à la médiocrité et votre but sera atteint.
» Et il y a encore un autre moyen : tuer par le rire. Le rire est l'expression de la joie. Apprenez à vous en servir comme d'un instrument de destruction. Tournez-le en ricanement. C'est très simple. Apprenez aux hommes à rire de tout. Répétez-leur que le sens de l'humour est une vertu inappréciable. Que plus rien de sacré ne subsiste dans une âme humaine, et cette âme est à vous. Tuez l'admiration et vous aurez tué ce qu'il y a d'héroïque dans l'homme On ne révère plus rien si l'on se rit de tout. Ah ! et une autre chose encore et qu'il ne faut pas oublier ! Ne permettez pas à l'homme d'être heureux ! Le bonheur se suffit à lui-même. Les hommes heureux ne nous servent de rien Les hommes heureux sont des hommes libres. Il faut donc tuer en eux la joie de vivre. Les arracher à tout ce qui leur est cher, à tout ce qui leur semble important. Ne jamais les laisser accomplir leurs désirs. Leur faire sentir que le simple fait de désirer quelque chose est déjà un péché. Les amener à ce point où le " je voudrais " n'est plus l'expression d'un droit naturel mais un aveu plein de honte. L'altruisme vous est fort utile à ce moment-là. Les hommes malheureux viennent à vous les premiers. Ils ont besoin de vous. lls ont besoin que vous les consoliez, que vous les souteniez, que vous les aidiez a sortir d'eux-mêmes. La nature a horreur du vide. Les âmes vides sont un terrain idéal. Pourquoi paraissez-vous si choqué, Peter ? Tout cela est vieux comme le monde. Pensez au passé. Prenez n'importe quel grand système d'éthique. Est-ce que tous ne recommandent pas de renoncer à toute joie personnelle ? Sous des formes différentes, ne retrouvez-vous pas toujours le même leitmotiv : le sacrifice, le renoncement, l'oubli de soi ? N'est-ce pas toujours la même chanson : Renoncez... Renoncez... Renoncez ?... Prenez notre époque. Tout ce qui est agréable, de la cigarette aux plaisirs physiques, et à la recherche des joies de ce monde, est considéré comme répréhensible. Il suffit qu'une chose rende un homme heureux pour qu'on la considère comme dangereuse. Voilà où nous en sommes arrivés, à considérer le bonheur comme un péché. Nous avons pris l'humanité à la gorge. Offrez votre premier-né en sacrifice expiatoire ; couchez-vous sur un lit de clous ; allez dans le désert mortifier votre chair ; ne dansez pas ; n'allez pas au cinéma le dimanche ; n'essayez pas de devenir riche ; ne fumez pas ; ne buvez pas. Et tout cela relève de la même idée. Une grande idée ! Les imbéciles s'imaginent que ces tabous sont des non-sens, les reliquats d'une époque disparue. Mais il y a toujours un but à ces non-sens. Chacun de ces systèmes d'éthique qui prêchait le sacrifice de soi a régné sur des millions d'hommes. Bien entendu, il faut déguiser votre pensée. Dire aux gens par exemple qu'ils parviendront à une forme de bonheur plus haute s'ils renoncent à tout ce qui les rendrait heureux. Vous n'avez pas besoin de vous exprimer très clairement. Employez de grands mots vagues tels que " Harmonie universelle ", " Esprit éternel ", " But divin ", " Nirvana ", " Paradis ", " Suprématie raciale ", " Dictature du Prolétariat ". La corruption intérieure, Peter, le moyen le plus ancien, la farce qui a réussi et qui réussira toujours. Et pourtant le piège serait si facile à éviter. Lorsque les hommes entendent un prophète leur parler de sacrifice, ils devraient s'enfuir comme devant la peste. Car là où il y a sacrifice, il y a quelqu'un à qui ce sacrifice profite. L'homme qui exalte le sacrifice parle en réalité de maîtres et d'esclaves avec l'intention, bien entendu, d'être le maître. Mais si vous entendez au contraire un homme vous dire que vous devez être heureux, que c'est votre droit naturel, votre premier devoir envers vous-même, alors vous pouvez être sûr que cet homme n'a aucune mauvaise intention et qu'il n'a rien à gagner de vous. Mais lorsqu'un homme parle ainsi on dit de lui qu'il est un monstre égoïsme.
» Cependant l'homme a une arme contre vous et c'est sa raison. Il faut donc la détruire, mais avec prudence. Inutile de dire que la raison n'existe pas, l'homme ne vous croirait pas, mais il croira volontiers que son empire est limité, qu'il y a quelque chose au-dessus d'elle. Il vous demandera quoi. Là non plus vous n'aurez pas besoin d'être très clair. Le choix est illimité. " Instinct ", " Sentiments ", " Révélation ", " Intuition ". Et si un homme, vous poussant dans vos retranchements, vous dit que vos doctrines n'ont aucun sens, vous lui répondez qu'il y a quelque chose qui est bien au-dessus du raisonnement, qu'il ne doit pas essayer de penser, mais de sentir et de croire. Vous n'imaginez pas à quoi l'on arrive avec un homme qui a cessé de raisonner et de penser par lui-même. Vous en faites absolument ce que vous voulez. »
SafeGuard
«Le vice inhérent au capitalisme consiste en une répartition inégale des richesses. La vertu inhérente au socialisme consiste en une égale répartition de la misère.» Winston Churchill
Image
Avatar de l’utilisateur
SafeGuard
Le Petit Castor
 
Messages: 606
Inscription: Dim Sep 24, 2006 12:57 pm
Localisation: Québec QC Canada
Titre: Selfish

Retourner vers Partagez vos trouvailles

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 0 invités