C'est une vieille conversation mais elle m'a plu.
Alors Miquette, pour ma part, je dois dire que ma vie de dissipé et de stupre fait en sorte que le Diable n'aurait pas besoin de l'acheter, ça doit faire longtemps que je suis marqué au fer rouge. Je dois avoir son
trademark en quelque part j'en suis sûr.
Mais tu sais, dans nos contes et légendes québécois, beaucoup de nos héros, (ils sont pas mal plus malins que moi), ont pactisé avec le grand satan lui-même et ont réussi à le rouler dans la farine. Pis comme tu veux devenir Québécoise, alors tire-toé une bûche pis j'vas t'en défiler une. Elles est courte mais c'est une
rôdeuse de bonne. Ça s'appelle La veuve du pêcheur ou encore La veuve gaspésienne.
Il s'agit d'un des plus froids hivers québécois, la Gaspésie est ensevelie sous la neige. Le vent glacial souffle sans fin. Une jeune mère, dans un misérable cabane est au désespoir. Il est tard dans la soirée. Elle est en larmes. Elle a perdu cet été son mari en mer. Ses parents reposent avec les ancêtres et sa belle-famille ne peut la prendre en charge. Elle n'a plus rien à donner à manger à son nourisson. Il ne lui reste que deux ou trois misérables bûches pour se réchauffer. En désespoir de cause, elle se décide finalement d'invoquer Lucifer.
Le diable, qui connaissait son extrême pauvreté, rôdait dans les environs, et quand il a entendu son nom, il s'empresse de cogner à la porte et le jeune femme lui ouvre et le fait entrer. Le diable en bave de joie. Encore une âme de plus pour lui. Il finit par lui demander:
- Pourquoi m'as-tu fait venir, ma belle?
La jeune veuve s'empresse de répondre:
- Je n'ai plus rien à donner à manger à mon fils, je n'ai plus de bois pour me réchauffer. Je n'ai plus d'argent aussi. Donne-moi des victuailles, du bois et de l'or et... je te donnerai mon enfant.
Le diable est surpris. Lui donner son fils. Une âme d'enfant! Il est excité.
- Vraiment tu me donnes ton fils sans discuter?
- Donne-moi tout ce que je t'ai demandé de suite et tu pourras emporter mon fils unique aussitôt que la chandelle sur la table aura fini de fondre.
Et le diable, fou d'excitation et d'impatience, voyant la chandelle déjà à moitié brûlée, dit d'accord.
Aussitôt, le bois apparaît, des cordées entières. Aussitôt, veaux, vaches, cochons se font entendre dans l'étable et le maison est pleine de ripailles. L'or scintille sur la table, sur tous les meubles.
Le diable se prépare à amener l'enfant quand la veuve alors s'empresse vers la table et...souffle la bougie. Le diable, réalise tout à coup qu'il vient de se faire berner et jurant...comme un démon dans l'eau bénite se promit qu'il ne se ferait plus prendre.
C'est-y pas assez râtoureux ça!.